L'année de mes 40 ans

"Avoir 40 ans, c'est comme habiter dans le même appartement depuis autant d'années. À un moment, il faut faire un tri" S.Marceau

Demain, j’ai 40 ans….

La liste des gens qui me disent à quel point cet âge est magique s’allonge d’heure en heure….

Etonnamment (ou pas), tous ceux qui me le disent ont dépassé les 40 de peu, ou de beaucoup…. Alors, sans vouloir être ingrate ou mauvaise langue, j’ai envie de dire « tu m’étonnes, c’était bien 40 ans »!!!!! Surtout quand on en a 50…. Il faut reconnaître qu’on fait rarement l’éloge de la quarantaine à 20 ou à 30 ans….

Alors forcément aujourd’hui, je pleure ma trentaine…. Je me demande « qu’est-ce que j’ai fait de ces années? » (tiens, j’ai déjà entendu ça quelque part…. Et ceux qui savent où ont aussi 40 ans ça me rassure!)…

J’ai fait une super fête à mes 30 ans. Mes amis et ma famille m’ont offert une semaine aux Maldives… J’étais célibataire, je bossais beaucoup, ce qui veut donc dire que j’avais les moyens de faire exactement ce que je voulais comme je le voulais.

Je suis partie en avril, seule au milieu de couples en lune de miel… J’ai rencontré un homme à mon retour. En juin nous étions ensemble, en octobre nous vivions ensemble, en avril suivant j’étais enceinte…avant deux jeunes mariés que j’avais rencontré aux Maldives qui ont été parents un mois après moi, alors qu’ils avaient quand même pas mal d’avance… Comme quoi… Tout était possible ! Je nageais dans le bonheur….

Je suis devenue maman. Tout a basculé… Mais en bien, hein, ne vous méprenez pas…. J’avais enfanté le plus merveilleux petit être qu’on puisse imaginer. J’étais comblée. Et je me suis complue dans ce bonheur. Je ne me suis pas vraiment rendue compte de ce qui se passait. Mon compagnon ne se sentait pas particulièrement à sa place avec mes amis, du coup, je ne les voyais plus, mais j’étais tellement heureuse de pouponner et de profiter de chaque seconde de vie de mon fils, que je n’ai rien vu venir…

Et très vite ce rôle de mère pour lequel j’étais faite a pris le pas sur celui de conjointe pour lequel, clairement, je n’étais pas faite du tout…. Aux 15 mois de notre fils, son papa et moi nous sommes séparés…

Mais ai-je eu à ce moment la présence d’esprit de me reconnecter à mes amis ? Eh ben non…. Et j’ai continué à tisser mon cocon, autour de mon bonhomme, de ma maman, de mes chiens, de mes chats…. Je me suis tellement enfermée dans ce cocon que ma porte d’entrée principale était littéralement condamnée… Rentrer chez moi (pour les gens de l’extérieur) tenait du parcours de combattant, et je sais gré aux quelques combattants qui me sont restés fidèles d’avoir persisté à venir me rendre visite une fois par an à Thanksgiving….

Mais voilà demain j’ai 40 ans, et comme il paraît (des quinquagénaires me l’ont dit) que c’est l’âge des possibles, je me dis que le cocon que je me suis tissé pendant 10 ans était en fait une chrysalide, et que le papillon s’apprête à sortir….

Et pour bien commencer, voici le statut que j’ai posté ce matin…. On verra si en changeant mon attitude envers la vie, la vie change d’attitude envers moi… Et si je peux faire de cet âge qui aujourd’hui me déprime une quarantaine flamboyante, rayonnante joyeuse et superbe. On a 365 jours pour le découvrir ensemble… J’espère que vous me suivrez, ou que vous passerez me voir à l’occasion !

J-1
Demain j’ai 40 ans.
La magie et l’inéluctabilité des notifications de Facebook feront que même si aucun de vous n’a la patience de me lire jusqu’au bout, pas mal d’entre vous m’écriront en me souhaitant plein de belles choses… Certains auront même la vile flagornerie de dire que je ne change pas voire pire, que je suis comme le bon vin. Vous m’enverrez des bises et me direz à bientôt… 
Mais comme chaque année, on laissera passer le temps, j’oublierai de vous appeler ou vous oublierez de m’appeler parce que vous comme moi allons nous laisser dépasser par chaque jour malgré nos bonnes volontés…
Eh ben non je ne suis pas d’accord!!!
Demain j’ai 40 ans.
Je ne veux plus laisser passer le temps en le regardant du bas côté de la route.
Je fêterai dignement cette dizaine aux beaux jours, mais j’émaillerai l’année de dîners plus intimes pour mieux profiter de mes amis, dont pour beaucoup vous faites partie.
Mais je ne veux pas de cadeaux.
Je veux des coups de fils, des vraies voix dans le téléphone, des visites à l’improviste pour être obligée de ranger tout le temps, je veux des cafés, en terrasse, ou au chaud, chez moi, chez les uns, chez les autres, je veux des copains costauds qui m’aident à faire le vide chez moi pour laisser la place à la vie, je veux des copines pour papoter et vider mon dressing en me disant honnêtement dans quoi j’ai l’air d’un sac. Je veux du temps, de la place et du débarras d’esprit. Je veux retrouver l’essentiel. Je veux des vins chauds, des mojitos, des raclettes, des barbecues, des après midis au jardin d’acclimatation avec nos enfants, des nuits à refaire le monde, je veux de la musique, du théâtre, du cinoche, à deux, à trois, en bande, en familles… je veux avoir la preuve que j’ai passé l’âge de supporter une nuit blanche. Je veux dire oui aux invitations. Je veux sortir. Je veux ronchonner en me préparant parce que C’est chiant de quitter ma banlieue le soir! Je veux des fous rires. Je veux des câlins de mon fils et de ma maman (j’en ai déjà tout le temps mais j’en veux encore plus!!!) je veux m’aimer mieux pour les aimer mieux!
Je veux de l’amour. Je veux de l’insouciance. Je veux de la légèreté. Je veux des idées. Je veux des envies. Je veux des projets, mais je veux surtout les réaliser!
Je veux de la vie avec vous qui avez pour certains toujours fait partie de mon monde et avec tous ceux qui voudront prendre le train en marche avec bienveillance, humour et générosité…
Je veux être moi. Et que vous soyez vous. Et qu’on s’aime comme ça. Et que ce soit bien.
Je veux de la présence. Du vrai. Du Ici et Maintenant.
J’en ai marre des « un jour », des « bientôt », des « faut qu’on se cale ça », des « demain »…
Parce que demain, j’ai 40 ans.

J’ai eu longtemps envie de lui….

Et puis, j’ai écouté mon coeur… J’ai cédé à cette folie déraisonnable… Et j’ai la chance folle de l’avoir….

Je suis dingue de lui…

Ça ne s’explique pas…. Mais si, quand même…quand même ça s’explique un peu.

Il fait naître un sourire sur mes lèvres dès que je l’aperçois du coin de l’oeil….

Il est beau.

Il est grand.

Il est brillant.

Sa puissance m’impressionne.

Il sait être silencieux, et gronder quand c’est nécessaire.

Il est toujours là, disponible, sans jamais s’imposer.

Il sait mes urgences, mes contretemps, ne s’en offusque jamais.

Des heures après qu’il ait quitté une pièce, on y sent toujours sa présence.

J’aime entendre son souffle, sentir son corps vibrer, savoir que ses va-et-vient exquis rythment mes matins.

Depuis qu’il est entré dans ma vie, j’y vois plus clair.

Je deviens la femme que je veux être.

Je dépoussière ma vie.

J’aspire à de plus grandes choses.

Je prends le temps.

L’air que je respire me semble plus pur.

C’est un essentiel. Un indispensable superflu.

Une très belle habitude.

Une douce servitude.

Je comprends enfin qu’on puisse tant vouloir se mettre en ménage.

Ah non… pardon… Au ménage.

Et devenir une fée…. du logis.

Bref, j’ai un Dyson.

Normalement, si je fais bien mon travail, ce titre vous interpelle. Soit parce que vous non plus vous n’aimez pas la Bretagne et que vous ne savez pas trop comment le dire sans passer pour un con (parce qu’au fond, c’est beau la Bretagne, et qu’il y fait pas si mauvais que ça…) soit parce que vous adorez la Bretagne et que vous cherchez déjà comment vous allez descendre tous mes arguments pour me prouver que vous avez raison (parce qu’au fond, c’est beau la Bretagne et qu’il y fait pas si mauvais que ça….)

Alors avant que les Celtes qui me lisent ne poussent des hauts cris, je tiens à affirmer ma légitimité à faire ce genre de remarque. Bien que je sois Corse par mon père et Avignonnaise par ma mère, un quart de mes gènes me vient de ce Nord Ouest météorologiquement hostile… j’en garde une blondeur (presque) naturelle, et des yeux dont la couleur approche celle des flots de Saint Malo, gris les jours de tempête, et verts sous le soleil…

Mais au fond je suis bien obligée de reconnaître que mon aversion atlantique est purement réthorique, car la première chanson que j’ai écrite, à 22 ans, était une sorte d’hommage à ma désaffection pour l’atlantique… paradoxal d’en faire un texte, non?

Mais je vous le reproduis partiellement ici pour que vous compreniez à quel point mes idées sur ce point sont péremptoires. (Et pas perpendiculaires pour autant).

« Couchée, comme un bateau de l’Atlantique

Quand la marée s’est retirée

Seule sur le sable de la crique

Incapable de naviguer

Sans ton étreinte

Alors, comme un bateau de l’Atlantique

Posé sur le rivage blanc

Comme une phrase en italique

Je reste allongée sur le flanc,

Éteinte »

Vous voyez, globalement, ma vision des plages bretonnes, c’est pas gai…

Ironie du sort, c’est cet océan, et ce bateau couché qui m’ont emmenée le plus loin…

Il m’ont conduite jusqu’à une île étrange et accueillante où j’ai frayé quelques jours et quelques nuits avec des fous qui vivaient la guitare à la main du soir au matin (oui je sais, ça, c’est pas de moi…)

Cette croisière insensée s’est poursuivie quelques années dans les rêves, la musique, et les ambitions folles…

Dieu que j’ai aimé écrire des chansons…et y croire…

Mais il y a sur les plus beaux navires des mutineries insoupçonnables, des trahisons impardonnables… la pire de toutes étant sans doute celle qu’on s’inflige à soi même en renonçant à une part de ses rêves. Alors la vie nous fait poser pied à terre pour une longue escale… on croit aspirer au repos, mais ce n’est au fond qu’une fuite immobile…. je ne vais pas mentir, certains moments de cette escale furent agréables, d’autres passionnants, quelques uns franchement chiants…. mais aucun, sur ce quai de quotidien n’a jamais porté l’ivresse du voyage que j’avais connu, mon dictionnaire de rimes sur le coeur et des idées plein la tête….

Et puis un voyage s’est invité dans mon escale et j’ai donné la vie… mais plus encore, je m’en rends compte chaque jour un peu plus, il m’a rendu la mienne en y insufflant sa lumière, sa folie, son impatience, sa témérité, son insolence et surtout, surtout… sa musique….

D’une certaine façon, faire un enfant c’est renaître à soi-même…. c’est se demander vraiment qui l’on est et d’où l’on vient pour pouvoir le transmettre. D’où l’on vient génétiquement, ça peut être facile à dire. Qui l’on est c’est une autre histoire. Il y a le sang, certes, mais il y a le sens… notre vérité…

Je crois que j’avais trouvé une partie de ma vérité et de celle que je suis sous le platane d’une cour d’école, il y a 18 ans cette année (faites pas le calcul, je n’étais plus écolière depuis longtemps!)… un questionnement devenu « majeur » donc et sur lequel je suis aujourd’hui appelée à me pencher, nécessairement, viscéralement, impérativement….

Comment transmettre ce que l’on est si l’on se refuse à l’être pleinement?

La nécessité de reprendre possession de mon destin ne peut plus et ne doit plus être muselée…

Alors au cœur de cette escale qui dure depuis top longtemps, j’ai commencé à me demander si je restais à quai à regarder les bateaux des autres prendre le large, ou si je reprenais le voyage, plein d’idées, d’histoires, de rimes, de musique, de doutes et de miracles…

Évidemment puisque j’en parle, vous vous doutez que j’avais presque en mon for intérieur décidé d’une direction à prendre… mais le simple désir de voyage n’appelle pas seul le vent qui poussera notre bateau….

Un poète bien plus inspiré que moi a dit un jour qu’il n’y avait pas de hasard, seulement des rendez-vous…. alors un jour par hasard, ou par rendez-vous, sur le port où on a fait escale malgré soi, on croise le regard d’un autre marin, qu’on imagine naufragé d’un voyage voisin du nôtre, avec qui l’on partage sans même avoir besoin de se le dire la même soif d’aventure, et sans doute un peu le même regret d’avoir mis pied à terre un jour. Le même besoin de vent….

Et ce regard que l’on ne cherchait pas, fait naître une tempête.

Un nouveau souffle qui gonfle mes voiles, me fait retrouver l’appétit de conquête propre aux grands flibustiers et reprendre la plume comme on reprend la barre…

J’ai quarante ans maintenant, je sais que le voyage ne sera pas celui que j’imaginais à 20 ans. Je n’ai plus les mêmes illusions, ni les mêmes désirs. Tant mieux.

Je sais les avaries,

Je sais la houle,

Je sais l’orage.

Mais je sais aussi les nuits où les étoiles font plus de lumière que tous les soleils d’été.

Et je sais les journées où la mer brille plus qu’un tapis de diamants.

J’ai ressorti mes cahiers… j’espère une guitare.

Je ne promets pas une croisière sage et tranquille. Je ne promets pas que nous remplirons nos cales d’or et d’argent (mais je suis plutôt pour a priori). Je promets en revanche que je ferai de mon mieux pour faire de ce voyage une belle aventure, et je promets qu’on y fera de bonnes chansons….

Mais quand je pense que je déteste la Bretagne et que des années après avoir embarqué pour la première fois, c’est ce bateau couché qui me fait faire, encore un voyage inattendu…

Je suis bien embêtée maintenant….

Mais je suis bien, embêtée…

Je suis.

Bien.

Il est tôt.

Enfin non d’ailleurs, il est 8h30. Mais moi à cette heure là normalement, je commence à travailler à mon ordinateur ou à mettre en place les cours que mon fils devra étudier dans la journée.

Et pourtant je suis là.

Dans un endroit sublime, sous un très beau soleil, avec des milliers de femmes pour beaucoup plus minces et mieux fichues que moi, dans des tenues bariolées, remuant leurs postérieur au rythme des batucadas.

Je ne suis pas sur la plage de Copa Cabana, au milieu de sublimes brésiliennes m’enseignant la samba.

Je viens courir.

Pire encore je viens courir La Parisienne.

Ma première course officielle. 7 kilomètres sous un grand soleil.

Mais moi, je ne cours pas. Enfin jusque là c’est ce que je pensais…

Pour être honnête j’ai grandi élevée par une très jolie maman qui n’a jamais eu besoin de faire de sport pour être mince. Le truc c’est qu’elle a tellement dû se persuader qu’on pouvait être mince et tonique sans sport qu’elle y est parvenue!!!! (Oui je sais moi aussi ça m’énerve!). Mais le plus drôle, ça a toujours été de l’entendre parler du sport. Un truc inutile, ou on court après rien, dans des fringues de merde, ou on a l’air con avec des chaussures qui ne servent qu’à montrer qu’on a des pieds. Ajoutons à ça la nouvelle technologie qui nous scotche à notre téléphone, notre casque Bluetooth, notre montre connectée pour avoir le temps, les calories, le rythme cardiaque, et vous avez la panoplie de l’humain probablement le plus contreproductif de la galaxie dans les yeux de ma mère. Le seul défaut que vous pourriez ajouter à la liste c’est d’aimer StarWars, mais ça un jour je vous en reparlerai, parce que ma mère et StarWars, c’est un sketch.

À quarante ans, comme on se pose pas mal de questions (qui suis-je, d’où viens-je, où vais-je et j’ai pas un peu pris du cul là?… entre autres) je me demande si malgré cet héritage familial, le sport pourrait être fait pour moi.

Alors j’ai couru. Pas longtemps, pas vite, pas souvent. Mais assez pour lancer le défi à une amie de faire la Parisienne avec moi.

Quand j’ai vu son temps au kilomètre, j’ai manqué de tout annuler….!

Mais pourtant, je suis là…

Je veux savoir de quoi je suis capable… face à moi même et aux pavés parisiens.

Me voici donc sur le départ, avec mon amie qui a la gentillesse de ralentir son pas pour moi.

Au fil des kilomètres, je photographie les bornes. 1, 2, 3, 4, 5, 6… je fractionne, elle court. On se fait doubler beaucoup, on double souvent aussi…

Dernière ligne droite…. à bout de forces et le cœur littéralement sorti de ma brassière, je nous pousse à faire un dernier sprint!!!

Ça y est nous sommes Parisiennes 2018.

Sur les derniers mètres, on nous offre une médaille, une rose, un jus de fruit, de l’eau….

On rêve d’une coupe de champagne, mais nos corps nous hurlent que ça ne va pas être possible!!!!

Alors on se repasse le film de notre course devant un café, avec une gratitude et une fierté mêlées de l’étonnement d’avoir relevé ce défi qui nous paraissait si fou.

Je pense que maman verra toujours les joggeuses comme des créatures étranges qui courent pour rien, et après rien dans des tenues sponsorisées par Stabilo Boss.

Mais elle admet aussi que je lui ai fait envie!!!!!

En fait je viens de faire l’acte le plus rock’n roll qui soit! Je me suis rebellée contre cette idée reçue que le sport et moi, ça faisait deux…Comme me l’a justement dit mon binôme de baskets, c’est une crise d’adolescence en conscience…

Le propre de l’adolescence, c’est se chercher, je crois…

Alors oui, c’est sans doute après moi-même que je cours, peut-être que j’essaie de m’impressionner, de me séduire…

Peut être que je vais même me plaire assez pour me donner envie de m’aborder, de me rencontrer, de me découvrir, qui sait de m’emmener au cinéma et de commencer une belle histoire d’amour avec moi…

Peut-être que je tomberai suffisamment amoureuse de moi pour chercher à me décrocher la Lune…parce que je me dis que quitte à courir, je pourrais bien me mettre aussi à courir après mes rêves.

Bref. J’ai fait ma première course.

Il est tard.

Enfin non d’ailleurs, il est 21h. Mais moi, à cette heure là normalement, je finis de dîner et je me vautre sur le canapé pour m’endormir devant un film que je regarde du coin de l’œil….

Et pourtant je suis là.

Dans un quartier pas forcément accueillant, surtout de nuit. Dans un bâtiment grand et labyrinthique, pour passer trois heures avec des inconnus enfermée dans un sous sol insonorisé.

Je ne viens pas adorer un gourou, m’épancher dans une réunion d’addicts anonymes ou poser nue pour un peintre renommé… ce que je fais me paraît finalement beaucoup plus impudique et beaucoup plus osé.

Je viens chanter…

Pire encore, je viens apprendre à chanter.

Je suis déjà souvent payée pour chanter dans mon métier, il m’est même arrivé de chanter en public… narcissiquement je vous avouerai qu’on m’a même applaudie.

Mais que suis-je sinon une imposture puisque je n’ai jamais appris à le faire? Somme toute, je vis d’ailleurs de plusieurs professions que je n’ai jamais apprises ailleurs que sur le tas, et pour lesquelles je n’ai jamais eu d’autre légitimité que mon CV.

Je n’ai jamais vraiment pris le risque de me confronter au jugement de mes pairs. Quand j’ai écrit mon opéra rock, je me suis choisie pour y chanter, mais d’autres m’auraient-ils choisie? Je ne le saurai jamais.

A quarante ans, comme on se pose beaucoup de questions (qui suis-je, d’où viens-je, où vais-je, et qu’est-ce qu’on mange ce soir, entre autres….) la question « est-ce que je suis vraiment à ma place? » est forcément récurrente…

Je devrais me satisfaire, et je suis satisfaite, de la chance que j’ai et du plaisir que je prends à travailler dans ce métier si changeant et si capricieux…

Mais pourtant je suis là….

Je veux (enfin) savoir ce qu’on pense de moi.

En fait c’est son avis qui m’intéresse. Lui, c’est le « professeur ».

Être jugée, ou au moins évaluée, par quelqu’un que j’admire et dont je respecte le parcours. Je ne suis pas là pour Lui. Je suis là pour moi, mais parce que c’est Lui.

Il n’a pas à me mentir sur mes capacités pour me séduire et m’attirer dans sa classe. Il n’est pas vénal, et de toute façon pas assez cher pour que mon inscription soit un enjeu financier justifiant des flatteries.

J’ai lu sa vie. Je le soupçonne vif, efficace, exigeant à l’extrême, sincère à l’outrance. Un fils du métal et de Dr House.

Je ne suis pas déçue. La vie, le temps lui sont précieux, plus qu’à beaucoup d’entre nous. Il n’a pas une minute à perdre. Il est sans filtre. En état d’urgence.

C’est exactement de que je voulais. Je déteste les robinets d’eau tiède. Mais entre deux vocalises pour lesquelles je suis déjà tremblante, je sais que ma chanson approche, et j’ai peur. Peur de savoir ce que je vaux vraiment. Peur de sa vérité. Mais j’en ai très envie aussi.

Il y va donc d’une « audition » comme d’une première fois.

J’essaie de me donner des airs, de blaguer avec les autres, mais les premiers notes de la « complainte de la serveuse automate » arrivent et je sais d’ores et déjà que je ne contrôle plus rien. 3mn. Très longues. Et trop courtes.

Il me donne des indications. J’ajuste ma voix, mon son, mon sens, mes gestes.

C’est fini. Il dit qu’il a frissonné. Pas que mon interprétation ait été magistrale, non!!! Mais parce qu’il avait obtenu ce qu’il attendait. A cet instant T. À mon humble niveau. Il dit qu’il aurait préféré m’entendre sur les « adieux d’un sex symbol ». Je retourne m’asseoir avec le désir fantaisiste de la chanter avant la fin du cours. Je ne suis pas seulement fière. J’exulte. Dedans. Mais j’ai encore plus peur maintenant. Il a pour moi des ambitions vocales que je n’ai jamais eues. Se voir confier ce genre de monument de la chanson, c’est un peu comme se savoir désirée par George Clooney ou Brad Pitt (ou qui vous voulez d’ailleurs, mais vous aurez compris l’image).

À la fin du cours, je me lance. J’étais partie « serveuse dépressive », me voilà « image divine » (et je vous invite à chercher le vers suivant si vous ne le connaissez pas). Je ne pense plus à rien d’autre qu’à chanter. Je ne sais plus vraiment où je suis.

Sur les derniers vers, il prend le micro à côté de moi et il pose avec une extrême justesse de son et de sens une deuxième voix sur la mienne… je me sens chanter mieux. Parce que je l’écoute, et que la musique, le partage, porte.

Le seul conseil que j’avais jamais reçu en guise de cours de chant il y a presque 20 ans m’avait un peu déroutée. Je n’écrirai pas les mots précis, que j’aime autant garder pour moi, mais j’ai compris cette nuit là (oui il était très tard…) qu’en substance, chanter, c’est un acte d’abandon, de lâcher prise, d’impudeur totale. Et une poursuite du plaisir. Les gens de talent en donnent autant qu’ils en reçoivent.

Il me laisse seule sur les dernières notes. J’ai chaud, j’ai froid, je ne sais plus trop ce que j’ai fait, mais je l’ai fait…

Il veut bien que je revienne. Mes « devoirs » sont colossaux. Me poussent dans des retranchements qui me paraissent insurmontables. Il est sûr de lui. Si je n’ai pas confiance en moi, au moins je dois avoir confiance en lui…

Je suis peut être un peu à ma place.

En tout cas je suis là pour apprendre, et investir cette place avec assurance.

L’assurance d’une femme de 40 ans qui va peut être enfin découvrir qui elle est.

Tout ça grâce à un petit garçon de 8 ans qui a rencontré de grands bassistes, et m’a montré la voie… mais ça c’est une autre histoire….

Bref. J’ai pris mon premier cours de chant.

Quand on termine ses études, on croit que ce vilain mot ne fera plus jamais partie de notre vocabulaire. Et puis on s’aperçoit que si…

Même adulte, quand on est passé aux agendas de janvier à janvier plutôt qu’à ceux de septembre à septembre, quand on a plus de fournitures scolaires à s’acheter, quand on est libérés de l’angoisse de rencontrer les « nouveaux » de l’année, ou d’être soi même un « nouveau », quand on ne se demande plus si Josiane aura plus grandi que nous ou si Albert sera débarrassé de son acné, quand on a peur que Jules nous ait oubliée après un mois au Camping à flirter avec de jolies allemandes, on est malgré tout et malgré soi toujours confrontés à ce vilain croque-mitaine de la Rentrée…

Du marronnier des JT, aux panneaux plus ou moins drôles qui fleurissent sur les réseaux sociaux, tout nous rappelle cette appréhension saisonnière d’enfance…

Certes on n’a pas l’angoisse de se demander si untel ou unetelle a passé de meilleures vacances que nous, puisqu’on a partagé leurs mojitos et leurs coups de soleil par Facebook interposé, et savouré leurs barbecs entre amis sur Insta… et qu’on leur a imposé les plages qu’on a visité, et nos cocktails en terrasse…

Mais quand même, c’est le premier lundi de Septembre, on s’attend à la pluie, à la morosité, et surtout à la perspective de ces onze mois entiers sans grandes vacances qui se profilent à l’horizon.

On se croyait reboostés, alors qu’on est déjà fatigués…

Du coup je tente fourbement depuis de nombreuses années de prendre mes vacances (aussi courtes soient-elles) en Septembre, alors même que les autres débronzent et ont la nostalgie de leurs grasses matinées.

Mais voilà, comme toute bonne grande personne dans la norme qui se respecte (en voilà tout un tas de vilains mots), j’ai mis au monde un petit bonhomme qui, lui, compte ses années de Septembre à Septembre depuis son entrée en Petite Section.

Ce petit être a été tellement malheureux à l’école, qu’il est aujourd’hui en cours par correspondance, ce qui nous permet encore cette rébellion vacancière de début septembre… un peu comme dans la pub pour le loto où une seule voiture va vers le soleil tandis que la cohorte des aoûtiens traîne ses diesels vers les villes grises…

Mais voilà, même par correspondance, mon Boulon fait sa rentrée.

Et avec elle arrive son lot d’angoisses. La peur de la nouveauté, la peur de l’échec, la peur d’être dépassé par l’ampleur de la tâche qui l’attend, la peur de la mauvaise note, la peur de l’engueulade….

Un poids bien lourd pour de petites épaules qui ne devraient être faites que pour bronzer au soleil, et avec les quelles il préfère porter les sangles de sa basse que celles d’un cartable!!! C’est une image bien sûr puisqu’à la maison, pas de cartable… mais je vois dans ses yeux pleins de questions à quel point ses craintes sont plus lourdes que des livres…

Alors remontent en moi, comme un désagréable reflux acide, tous ces blues de rentrée… ces 12 mois de septembre qui ont plombé mon insouciance le long de ma scolarité… ces préaux comme des arènes où il fallait trouver sa place au milieux des fauves que les enfants savent si bien être les uns pour les autres… ces règles indigestes, ces référentiels bondissants et autres blocs mucilagineux à effet soustractif… mais ça je ne le lui dis pas… je l’écoute, je le rassure, je le guide, et je prends ses peurs sur mes épaules comme je prenais mon cartable. Ça ne me fait pas mal au dos, ça me fait mal à l’âme.

Bien sûr demain je lui dirai à quel point l’école, chez soi ou dans une classe, c’est merveilleux. À quel point lire, écrire et compter rendent libre. À quel point l’Histoire vous en apprend sur le présent et à quel point la Géographie invite aux voyages. À quel point les rédactions sont les promesses des chansons qu’il écrira plus tard. À quel point les sciences poussent à l’émerveillement de la Terre de ses mystères de ses richesses… À quel point les nouveaux amis qu’il rencontrera dans ses diverses activités l’ouvriront au monde, à la découverte de l’autre, au respect, à la tolérance. À quel point avoir le droit d’apprendre est un cadeau inestimable. À quel point il a de la chance d’être dans un pays, dans une vie qui le lui permet. Et peut-être même qu’il me croira.

Bien sûr, demain je lui dirai tout ça.

Mais pas aujourd’hui.

Aujourd’hui, c’était la rentrée…